Les souabes sont des cons. Non, franchement. Prenons l'exemple de mes voisins.
Nous habitons au 2ème étage. Au 1er vit (entre autres) Mme X, dit "Little Buddha". Little Buddha crie comme un chien enragé dès lors que l'ordre et la discipline ne règnent pas dans l'immeuble. Notre pendaison de crémaillère a d'ailleurs suffi à la dissuader de devenir nos amis, à moi et Bene. On la comprend. 60 ivrognes qui gueulent dans 50 m2, c'est sur, ca fait bobo. Si sa rancune était alors compréhensible, il parait inconcevable que des excuses sincères et des chocolats n'aient pas apaisé sa douleur. Allons au 4ème étage maintenant. C'est là que vit Öti. Öti a 70 ans et est fan de la France. Après nous avoir fait découvrir dès notre arrivée un vin français "de grande classe" d'après ses termes (jusqu'à ce que je le goûte, puis que je m'apercoive que le vin sortait d'un cubi, fait certifié authentique par la brigade du bon goût de Stuttgart), Öti a décidé d'imiter un orgasme à Bene afin de lui expliquer que les précédents locataires s'envoyaient tout le temps en l'air. J'admire son stoïcisme face à cette scène. Mais maintenant, Öti nous hait aussi. Trop de bruit, trop de vomi dans l'escalier (même quand c'est pas nos gens qui étaient là, nous sommes fautifs, d'après elle)... Öti n'a plus l'impression d'être chez elle.
Les souabes n'intègrent pas les bonnes personnes dans leur haute société. Ils réussissent à intégrer certains nouveaux arrivants seulement (dans la limite, en effet, qu'ils sont allemands). Pour Preuve, Fabian. Fabian vient d'Allemagne de l'Est, est à l'université avec nous, et n'aime pas les étrangers. Sa xénophobie a atteint les limites du supportable lorsque il a critiqué mon exposé pour, je cite, "des fautes de langue qui rendent la compréhension difficile". D'après certains témoins, les fautes de langue étaient légion mais n'ôtaient pas son sens à la phrase. On pourrait croire, dans la bouche de Fabian, qu'au lieu de dire "Dahl fait une comparaison avec les dictatures", j'ai dit "Dahl fait des maisons avec de la confiture". Les écoutes téléphoniques de la Stasi, c'est donc plus ce que c'était... Où est passée la qualité de la retransmission, hein?
Les souabes sont des radins. Rien qu'à voir comment on doit récupérer les crédits de photocopies auquel on a le droit, ça donne envie de se tirer une balle. Première étape: il s'agit de se procurer une carte de photocopies, au doux prix de 5 euros dans l'une des deux tours de l'université. Pour info, l'automate qui délivre les cartes marche une fois sur deux, et est caché entre deux photocopieuses. Deuxième étape: Attendre le mardi entre 14h et 15h pour aller se faire enregistrer et recevoir une attestation certifiant qu'on a le droit à ces crédits de photocopies, le tout dans un bâtiment à 800m de l'université. Troisième étape: Aller apporter sa carte de photocopies dans un troisième bâtiment le mardi de (et là vous attendez quoi? 15h, non? Histoire que tu puisses faire ça en une fois!) 12h à 13h. D'expérience, il faut donc deux semaines pour avoir droit à ses crédits. Si c'est pas fait pour dégoûter les gens et faire des économies ce système, franchement, je vous demande à quoi ça sert. On est en "année de mobilité" me direz-vous, et, comme il y a deux ans, à Stuttgart, il s'agit d'être très mobile.
Les souabes sont irresponsables. Souvenez-vous de Jürgen. Pour rappel, Jürgen est celui qui nous avait fait les cours de préparation il y a deux ans, et qui ne savait pas expliquer ce qu'était une baleine, et qui disait tout le temps "je ne sais pas". Sachez que Jürgen a pris du galon, et que désormais, il est enseignant ici. Jürgen, d'après la légende, se recoiffe toutes les trente secondes et se sent obligé de regarder ses étudiants avec un regard de merlan frit lors des interventions, certes pas toujours fameuses, des participants. Mais qui est l'imbécile irresponsable qui a confié à Jürgen l'étude comparative des États-providence en Europe?
Bref, une année folichone se prépare encore. Toutefois, impossible de dire encore qui va remplacer Urbi dans mon cœur, impossible de dire également quelle sera la seule matière de l'année que je réussirai à valider du premier coup, impossible de deviner qui suivra mon glorieux chemin des rattrapages dans la FIFA qui nous suit (je signale d'ailleurs aux petits FIFA que mon record de 6 rattrapages avec validation du 1er semestre le 14 juin tient encore). Bref, on attend de savoir. On attend quoi, depuis 2 mois on attend. Et put***, c'est chiant d'attendre.



